LA FERRURE
Il est utile à tous cavalier de
posséder quelques notions de maréchalerie. Avant de vous lancer,
observez attentivement l'homme de l'art et demandez lui quelques
conseils. Un fer remis avant que la corne ne soit endommager lui
facilitera le travail ultérieurement.
Les conseils que nous donnons ne visent pas à se passer des
services du maréchal ferrant, mais permettent de se dépanner en
cas d'urgence ou lorsque la situation géographique vous impose
de vous débrouiller seul.
En conséquence, nous n'aborderons que les problèmes posés par
la ferrure à froid ; le ferrage à chaud demandant plus de
matériel et soulevant plus de problèmes.
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Signalons avant de parler de la
ferrure traditionnelle, l'existence d'une chaussure, le
Easy-boot. En matière plastique très résistante, on peut le poser indifféremment sur un antérieur ou un postérieur ; à condition bien sûr que ceux ci soient de même taille. Disponible en cinq pointures, c'est une bonne solution de dépannage pour quiconque craint de se lancer dans la maréchalerie. La seul chose que l'on puisse reprocher au Easy-boot est son prix, mais une fois l'investissement réalisé, vous serez tranquilles pour longtemps. |
Les parties internes du pied sont protégées par la corne ou paroi. Lorsqu'il ferre le maréchal travaille sur la corne en prenant soin de ne jamais toucher les chairs qu'elle enserre. | ![]() |
Anatomie d'un fer
Vous devez, si vous souhaitez vous lancer dans la maréchalerie
connaître les noms des différentes parties d'un fer.
Comme nos chaussures, les fers ont des pointures. Gardez en un
vieux qui vous servira de référence pour l'achat des neufs.
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Caractéristiques d'une
ferrure de randonnée
L'usure des fers et la protection de la sole sont les deux soucis
du maréchal qui doit chausser un cheval de randonnée.
Bien entendu un cheval ferré pour les concours de saut d'obstacles
peut randonner sans problème, mais lorsque on part pour un
trajet assez long ou dans des terrains difficiles, il est
intéressant d'adopter quelques dispositions particulières.
Il importe de limiter l'usure des fers afin de ne pas être
obliger de ferrer trop souvent, ce qui abîme la corne.
Une des premières solutions consiste à utiliser un fer épais
qui présente en outre l'avantage d'amortir les chocs du pied sur
le sol. Il est également possible d'augmenter la couverture du
fer, qui protègera la sole par la même occasion.
Les fers du commerce sont néanmoins limités tant en épaisseur
qu'en couverture, à cause du poids.
Les bricoleurs peuvent déposer sous le fer un cordon de soudure à l'arc, en utilisant des baguettes vendues pour recharger les socs de charrues et les dents de pelleteuse. La dureté du dépôt est telle qu'il ne peut être attaqué à la lime. Inconvénient : Le fer devient glissant notamment sur le bitume.
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Des implants au carbure de
tungstène peuvent être placés aux endroits où l'usure
est la plus grande, à la carte, selon le cheval.
Coniques, il suffit pour les fixer de percer des trous
dans le fer, où ils seront enfoncés à force à coups
de marteau. Leur prix, environ cinquante centimes d'uro,
peut paraître assez élevé, mais ils peuvent être
récupérés et utilisés plusieurs fois. Ils présentent
en outre l'avantage de rendre le fer antidérapant. Vous ne devrez percer le fer que lorsqu'il est prêt à être brocher, sous peine de déformer les trous et de ne plus pouvoir y introduire les cônes. |
La liste que nous donnons ici est incomplète, mais constitue l'outillage indispensable. Chacun pour se faciliter le travail se confectionne des instruments qui lui sont propres lorsque il possède une certaine expérience.
Appelé aussi
brochoir, il convient de ne pas le choisir trop léger,
ce qui nuirait à la frappe non seulement lorsque l'on
broche les clous, mais également lorsque l'on taille la
corne. Ils présentent une fente qui sert d'arrache-clous. Ceux vendus en tant que marteaux à ferrer conviennent aussi bien à la forge qu'en randonnée. Le voyageur peut néanmoins raccourcir légèrement le manche pour des raisons d'encombrement. |
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C'est à la fois
des tenailles et des pinces coupantes. Pourvues d'un
talon elles permettent en outre d'amorcer le rivet. Les randonneurs qui partent pour des trajets relativement courts préfèrent généralement emporter des pinces de plus petites dimensions, isolées, permettant de reposer un fer et d'ouvrir les clôtures. |
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Le rogne pied
Indispensable pour tailler la corne et la fourchette (les pros
diront parer le pied), vous devez en emporter un quand vous
pensez que la longueur de votre périple vous obligera à
referrer à neuf. La qualité de son tranchant est primordiale.
Une lime plate ou triangulaire en ravivera le fil.
Un bon couteau peut servir occasionnellement de rogne pied.
C'est la pince à
ongles du cheval. Beaucoup plus faciles à utiliser que le rogne pied, elles ont cependant deux gros défauts : _ leur taille. _ leur prix. Elles sont indispensables à la maison si l'on ferre plusieurs chevaux. |
Elle porte aussi le
nom de couteau anglais. Il n'est pas indispensable d'en
posséder une pour poser un fer, mais les services qu'elle
rend notamment pour l'hygiène du pied font que beaucoup
de randonneurs l'emporte. Sa principale qualité est d'être coupante, aussi est-il nécessaire de l'affûter régulièrement. ![]() |
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Le dérivoir
Le dérivoir sert lors de la dépose d'un fer à redresser les
rivets avant d'arracher les clous.
Traditionnellement un rogne pied non affûté en tient lieu.
Certains utilisent l'autre coté du rogne pied, en prenant garde
de ne pas se couper.
La râpe
L'outil traditionnel du maréchal ferrant est très encombrant et
lourd. Une des faces comporte des grosses dents, c'est le côté
râpe, l'autre des petites dents, le côté lime.
On peut la remplacer par une râpe de menuisier plus petite.
Il est à noter qu'une râpe ne s'affûte pas et que c'est dans
les sacoches qu'elle s'use le plus au contact des autres outils.
Il est donc indispensable de la protéger avec un chiffon ou un
carton.
Il importe de posséder un
cheval qui donne volontiers ses pieds, pour votre bien être,
celui du maréchal ferrant et celui du cheval.
Il suffit pour cela d'inculquer de bonnes habitudes au poulain
dès son plus jeune age en lui prenant régulièrement les pieds,
et en le récompensant. Plus tard on commencera à donner de
légers coups de marteau sous le sabot.
Les adultes doivent être bien traité par celui qui les ferre,
mais il faut néanmoins agir sans crainte et avec fermeté.
Deux écoles s'affrontent dans l'art de tenir le pied pendant la
ferrure :
A l'anglaise
Le maréchal qui ferre à l'anglaise doit en plus travailler sur
le pied, tenir ce dernier.
Cette méthode est fatigante pour l'opérateur, surtout si le
cheval est de petite taille, mais elle rassure ce dernier et
permet de suivre ses mouvements.
Si votre condition physique vous le permet, vous avez tout
intérêt à travailler de cette façon.
A la française
Ferrer à la française implique que vous disposiez d'une
personne pour tenir le pied du cheval. Votre aide utilisera
avantageusement une plate longe pour tenir les postérieurs (Les
rènes-longe pourront en faire office).
Remettre un fer perdu
accidentellement
Lorsque votre cheval perd un fer alors que ses chaussures sont neuves il est difficile de faire revenir le maréchal, d'autant plus qu'il est aisé de se dépanner. En randonnée celui qui est capable de se débrouiller seul, peut partir l'esprit libre.
Le plus difficile est de retrouver le
fer.
Si il a été arraché, il est le plus souvent vrillé. Remettez
le parfaitement à plat en vous servant d'une grosse pierre ou de
la route comme enclume. Tapez légèrement sur le pinçon afin de
l'incliner un peu vers l'extérieur.
Le pied de votre patient doit être bien propre lorsque vous y
appliquerez le fer.
Les clous vont être en face de leur ancien trou, et vous n'avez
aucune chance de piquer votre cheval.
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Quand vous
choisissez la taille de vos clous, veillez à ce que la
frappe dépasse des étampures. Il faut veiller à mettre les clous à l'endroit. Leur pointe est dissymétrique (affilure) et l'acier très tendre qui les constitue se tord en s'enfonçant dans la corne, de façon à en accélérer la sortie . |
Il arrive qu'un morceau de la paroi soit parti avec le clou lorsque le cheval a arraché son fer. Il est souvent plus raisonnable de ne pas brocher de clou à cet endroit plutôt que de l'affaiblir.
River les clous
Aussitôt qu'un clou est enfoncé, il faut en replier la pointe
vers la corne, car si pour une raison ou pour une autre le cheval
venait à reprendre brutalement son pied, elle vous lacérerait
la cuisse.
Tous les clous sont en place, sectionnez les à environ un
millimètre de la corne. Placez les tricoises sous les futurs
rivets et plaquez les contre la corne en tapant sur la tête des
clous. Il est sage afin de répartir les efforts de river
alternativement à gauche puis à droite du pied.
Serrer ensuite modérément le ou les pinçons contre la corne à l'aide du marteau.
Beaucoup d'usure, il faut
referrer entièrement
Retirer l'ancien fer
Si le fer n'est pas parti tout seul, vous allez devoir le retirer
en prenant soin de ne pas abîmer la corne. Glisser le dérivoir
sous le rivet et tapez jusqu'à ce que le clou soit redressé.
Placez les tricoises sous la pointe du clou et frappez sur le fer.
Dès que la tête du clou dépasse suffisamment, retirez le à l'aide
de l'arrache clous.
Une fois le fer enlevé, grattez tout le dessous du pied afin de
mettre en évidence une éventuelle blessure, ou une pourriture
au niveau de la ligne blanche. Ne pas hésiter à creuser jusqu'à
ce tout soit bien propre.
Dans la nature, les chevaux ne trouvent personne pour leur tailler les pieds dont la pousse est régulée automatiquement en fonction du travail fourni. S'ils effectuent des longs déplacements, la pousse de la corne (qui dépend essentiellement de l'irrigation sanguine) s'accroit car la fourchette agit comme une pompe, chaque fois quelle est comprimée par le sol, en faisant affluer le sang dans le pied. Nous faisons travailler nos compagnons sur des sols très durs et sur des distances telles que les capacités de régénération de la corne sont dépassées. Les fers destinés à pallier cet inconvénient nous obligent à tailler le pied.
Tailler la fourchette
Nous venons de voir le rôle primordiale de la fourchette. Il est
donc nécessaire de la ménager.
Nous nous contenterons d'en biseauter les parois (lacunes
latérales) qui ont une fâcheuse tendance à retenir les
saletés, ainsi que les pierres qui viendront se coincer entre
elles et le fer. Coupez également les parties abîmées.
Dégagez nettement la lacune médiane.
![]() La fourchette |
![]() Une fourchette bien taillée |
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Vous allez maintenant aborder
une partie essentielle de votre travail. Ne touchez pas aux talons, mais commencez à tailler au niveau de la moitié d'un quartier, la profondeur maximale devant être atteinte en pince, puis remontez symétriquement de l'autre côté. En pince, vous avez suffisamment retiré de corne, lorsque la ligne blanche n'est plus une fente noirâtre, mais est bien pleine et vivante. |
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A l'aide de la
râpe, mettez le pied bien plan. L'erreur la plus
fréquente est de trop enlever en talon. De par sa
constitution la corne y "file" très vite sous
la râpe. Vérifiez néanmoins que les deux talons sont à la même hauteur, afin d'obtenir un bon aplomb. |
Il faut ensuite aménager un emplacement
pour chaque pinçon.
Un léger méplat fait à la râpe est suffisant pour les
postérieurs.
Les antérieurs demandent à être reculés assez près de la
ligne blanche.
![]() Emplacement des pinçons aux postérieurs |
![]() Emplacement du pinçon aux antérieurs |
Adapter le fer à la
forme du pied
Il est sage lorsque l'on part en randonnée d'emporter des fers
de rechange qui aient déjà la tournure du pied, le transport d'une
enclume étant inimaginable.
Il est de première importance que les talons reposent bien sur
le milieu du fer et non sur les bords extérieurs. Par contre la
corne peut dépasser du fer en pince pour les postérieurs, en
mamelles pour les antérieurs, car ces différentes parties
seront ensuite râpées.
![]() Positionement d'un fer postérieur sur le pied |
![]() Positionement d'un fer antérieur sur le pied |
Brocher les clous
C'est la hantise du débutant. Vous devez avoir confiance en vous.
Déterminez l'emplacement où vous souhaitez voir sortir le clou
(2,5 cm environ du bord inférieur du pied) en essayant de
résister à l'envie de le faire sortir trop près du bord.
Enfoncez les clous sans hésitation après les avoir bien
orienter vers le point où ils doivent déboucher.
Pour y parvenir une astuce consiste, lorsque l'on ferre à l'anglaise,
à poser le bout de l'index où le clou devrait apparaître. On
se rend ainsi très bien compte de la bonne ou de la mauvaise
orientation du clou, ce qui permet d'ajuster le tir avant de
commencer à taper.
Souvenez-vous que quatre clous bien posés (2 en talons et 2 en
pince) suffisent à faire tenir correctement un fer, alors que
huit clous brochés trop bas ne servent qu'à affaiblir le pied.
La suite des opérations (modeler les rivets) se déroule comme
dans le chapitre précédent.
Les petites finitions
Une fois les clous rivés, rabattez les pinçons contre le sabot
puis râpez la corne qui dépasse en pince pour les postérieurs,
en mamelles pour les antérieurs.
Il ne reste plus qu'à donner un léger coup de râpe sur les
rivets.
Ne négligez pas l'entretient de la
ferrure qui consiste tout simplement à lever le pied du cheval
et à vérifier que tous les clous sont présents. Si un fer
prend du jeu, resserrer les rivets.